La haie cauchoise

Le plateau cauchois est fortement structuré par l’Arbre. En effet, les alignements de hêtres, de chênes, de frênes (et auparavant d’ormes) plantés au sommet des talus, appelés « fossés », ceinturent les clos-masures isolés, les hameaux et les villages. Ces structures végétales linéaires forment des rideaux arborés monumentaux contrastant avec le paysage ouvert et étiré de la plaine agricole. Elles dissimulent les lieux d’habitat autant qu’elles les soulignent. Ces rideaux d’arbres se rencontrent aussi autour de certaines prairies ou sur les rebords des vallées. Ces haies ont un rôle brise-vent. Constituées d’arbres à feuilles caduques (=> perdent leur feuilles en hiver), elles filtrent le vent en diminuant sa vitesse et son intensité. Le talus planté a un effet régulateur des eaux de ruissellement et limite l’érosion des sols.

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L’organisation des talus plantés est originale et emblématique du Pays de Caux. Les arbres sont généralement très rapprochés, disposés en quinconce sur deux rangs, voire trois. Ils sont quelquefois doublés d’alignements, plantés à plat, à l’avant ou à l’arrière des talus.

Botanique Les talus présentent une ambiance forestière propice à l’installation d’une flore variée (stellaire, primevères, violettes, pervenches, consoude…). Au fil des saisons on peut observer les floraisons des talus dans le charmant petit village du Mesnil-Durdent et son « Jardin des Amouhoques ». En savoir plus

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EXPOSITION - Le paysage du Pays de Caux

Un plateau parsemé d’îlots arborés


Un plateau perméable

Le plateau cauchois repose sur des formations sédimentaires calcaires qui peuvent atteindre 200 mètres d’épaisseur. Cette assise de craie est surmontée d’une couche d’argile rouge à silex (issue de l’altération de la craie) plus ou moins épaisse. Celle-ci comporte parfois des poches de sables et de grès tertiaires. Au-dessus, se trouve une couche de limons des plateaux. Leurs caractéristiques physiques et chimiques confèrent aux sols cauchois de bonnes qualités agronomiques. Les vallées cauchoises se sont formées surtout le long d’axes de fracturation de la roche calcaire (failles, plis…). Leur profil encaissé résulte de l’action érosive des cours d’eau sur la craie, substrat peu résistant. Les nombreuses vallées se ramifient en une multitude de vallées sèches où l’eau ne coule que lors de précipitations importantes. Il en résulte une légère ondulation du paysage cauchois.

Une eau discrète

Le Pays de Caux est parcouru par six fleuves côtiers qui se jettent dans la Manche : la Valmont, la Durdent, la Veules, le Dun, la Saâne et la Scie. Les rivières du Cailly, de l’Austreberthe, de la Rançon, de la Sainte-Gertrude, du Commerce et de la Lézarde ont pour exutoire la Seine.

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Ces cours d’eau sont alimentés par la nappe de la craie qui affleure au niveau des sources. Leur débit reste relativement faible et lié aux variations du niveau d’eau de la nappe phréatique. Il est quelquefois accru par les eaux de rivières ou de ruisseaux affluents. En fonction de ses besoins, l’homme a modifié le profil de ces cours d’eau : aménagements du lit et des berges, création de retenues d’eau, modification du débit (moulins, écluses…).

Des mares, réserves d’eau artificielles

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Pour pallier l’absence d’eau courante sur le plateau, de nombreuses mares ont été créées au fil des siècles. Avant l’adduction d’eau potable dans les villages, elles étaient les seuls points d’eau disponibles, indispensables pour alimenter la maison et abreuver le bétail. Bien que de plus en plus rares, elles sont présentes à la fois dans les cours de ferme, les prairies et la plaine agricole.

La nappe phréatique

La craie, poreuse et fissurée, constitue le réservoir d’eau essentiel du plateau. Les eaux pluviales s’y infiltrent facilement. Puis, en profondeur, elles rencontrent des craies moins poreuses et moins perméables. L’eau s’accumule dans les interstices et les cavités karstiques de la roche. Elle forme une nappe phréatique appelée, ici, « nappe de la craie ».

Du plateau aux vallées

La toponymie des hameaux, déclinée sur les suffixes « Bosc », « Tuit » (nom d’origine nordique qui signifi e « essart »)… ou les noms dérivés d’essences végétales (le Quesnay, la Chénée, la Hêtrée, le Coudray….) est abondante et témoigne que les boisements ont occupé une place plus importante autrefois.

Sur le plateau : un openfield ponctué d’îlots arborés Le patrimoine forestier du plateau se résume à des bois de quelques hectares et à des bosquets éparpillés sur la plaine cultivée. Ils sont constitués de feuillus tels que le hêtre et le chêne. Leur répartition est liée à la présence d’un talweg, d’une riche propriété, d’une carrière… Les grands massifs boisés se situent en marge du Pays de Caux.

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Au creux des vallées, un paysage verdoyant Les versants les plus escarpés sont occupés par des boisements de feuillus qui forment des rubans continus. Le dénivelé et l’argile à silex qui affleure dans la partie supérieure constituent des conditions défavorables pour l’agriculture. Dès que la pente devient plus douce, les versants sont mis en culture.

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Dans les fonds de vallées inondables, les prairies permanentes sont parfois closes de haies champêtres ou d’alignement d’arbres têtards d’essences variées.

Le Pays de Caux, terre fertile et prospère

Moyen-Age : l’organisation d’un territoire agricole Le Pays de Caux a beaucoup souffert de la guerre de 100 ans et des épidémies de peste au XIVème. Grâce au pouvoir des grandes abbayes et des seigneuries, les plaines sont peu à peu réinvesties. Les villages restent groupés autour des anciennes mottes féodales. Quelques fermes s’isolent du village et deviennent de petites exploitations au centre de terres cultivées. Les parcelles cultivées, ou "journaux", sont de petite taille. moyen âge A l’exemple de la basse cour, les fermes sont parfois entourées par des levées de terre pour protéger un espace qui leur est baillé par le seigneur du lieu. Les villageois mènent paître les bêtes (porcs, moutons…) dans les forêts, les landes ou sur les terres en jachère, selon la Coutume de Normandie qui n’est encore qu’orale. Dans les vallées, les prairies peuvent être fauchées pour fournir litière et fourrage pendant l’hiver. Les premiers moulins à eau s’installent : moulins à blé, à "tan" (écorce de chêne moulue qui servait pour le tannage des peaux, à brasser) le long des rivières.

XVIIème siècle : le clos masure, habitat de la campagne cauchoise Le village est composé d’un ensemble de fermes entourées de talus plantés abritant les bâtiments et les animaux. Ces clos, dont l’existence est attestée depuis le XVIème au travers des "plans terriers" (Avant la révolution, le territoire est décrit dans les registres terriers et les plans correspondants. Le terrier est un registre foncier contenant l’indication des terres relevant d’une seigneurie et des droits et redevances attachés à chacune d’elles.), sont plantés de pommiers. Le cidre est devenu la boisson quotidienne dans les campagnes. La pratique de l’assolement triennal donne à voir des parcelles cultivées en « lame de parquet ». L’élevage des moutons s’intensifie et une industrie rurale se développe autour de la laine. Le pouvoir seigneurial reste très fort, comme l’atteste la présence de moulins à vent.

XIXème siècle : une association étroite entre culture et élevage L’élevage bovin se développe ; les prairies, indispensables pour nourrir un bétail plus nombreux, se multiplient et s’étendent à la périphérie des clos-masures. De nouveaux bâtiments s’implantent dans les fermes (étables, manèges…) ; les clos s’agrandissent. La culture du lin se développe. Les jachères sont progressivement remplacées par des cultures fourragères, notamment de trèfle. La manufacture du coton, très présente dans les campagnes, mobilise les ouvriers agricoles qui deviennent artisans textiles. Des maisons ouvrières et des commerces s’implantent dans les villages.

XXIème siècle : vers une perte d’identité du paysage cauchois Dans la première moitié du XXème siècle, l’agriculture se modernise grâce à la mécanisation et aux progrès agronomiques. Les cultures s’intensifient et la main d’oeuvre agricole décroît fortement dans les communes rurales. A partir des années 1960, la mécanisation et l’intensification de l’agriculture a engendré une modification des structures d’exploitation. Le clos-masure perd sa légitimité fonctionnelle et paysagère. Les pommiers sont arrachés, les talus plantés arasés et les bâtiments d’architecture traditionnelle délaissés au profit de constructions modernes. Parallèlement, on assiste à l’urbanisation de la campagne.

Le clos-masure : l’exploitation agricole typique

Le clos-masure, ou cour-masure, forme traditionnelle de l’habitat rural du pays de Caux, associe intimement l’arbre et le bâti. En alternance avec les plaines cultivées, la verticalité des grands rideaux d’arbres structure le paysage et abrite les lieux de vie.

Constitué d’une cour enherbée de forme régulière plantée de pommiers, le clos se délimite par un talus densément arboré. Il abrite l’habitation et les différents bâtiments agricoles. Au cours des siècles, les clos-masures ont été remaniés au gré des successions, de l’évolution de la société et des systèmes d’exploitation agricole. A l’origine, la ferme se compose d’une simple parcelle autour d’une construction unique. Des levées de terre protègent l’espace privé qui intègre un potager, une prairie… Peu à peu, d’autres constructions apparaissent. Liées à la culture et à l’élevage, elles se répartissent le long des quatre côtés du clos. Le talus est planté d’arbres et toute la vie de la ferme se concentre sur elle-même, à l’abri du dehors. A l’extérieur de la cour s’étendent les terres cultivées rattachées à l’exploitation.

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A partir du XVIIIème siècle, les clos-masures les plus importants sont restructurés et une habitation plus cossue s’impose au centre de la cour. Cette position permet de surveiller l’ensemble de la ferme. Aujourd’hui, contraints par les dimensions industrielles des nouveaux bâtiments agricoles, les exploitants implantent ces constructions hors du clos-masure. Ces grands hangars apparaissent ainsi perdus au milieu des plaines agricoles et ponctuent le paysage.

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Le clos-masure en Pays de Caux Le clos-masure : l’architecture Le clos-masure : les talus plantés

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